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Dire au revoir après tant de moments partagés sous cette yourte est un moment difficile. J’embrasse tout le monde, leur souhaite le meilleur et, la gorge serrée, embarque sur la moto de Honda – le jeu de mots n’est pas voulu! – en direction de Khatgal. Demain, à l’occasion du Festival de la Glace, j’aurai peut-être la chance de pouvoir assister, entre autres, à un évènement dont les descendants du Khan sont friands: un tournoi de lutte mongole, sport national du pays.

Mauvaise nouvelle: les autorités ont décidé d’annuler ledit festival. La majorité des activités étant censée se dérouler sur le lac et au vu de la douceur des récentes températures, ils redoutent que la couche de glace soit trop fine et cède sous le poids des visiteurs. Il y a toutefois de fortes chances pour que le tournoi ait quand même lieu. Le lendemain, aux alentours de midi, on entre dans ma yourte – en Mongolie, on ne frappe pas à la porte. En l’espace de cinq minutes, je me retrouve au gymnase de l’école où va se dérouler le tournoi.

Les spectateurs remplissent petit à petit le gymnase réchauffant ainsi son atmosphère. Les premiers lutteurs se déshabillent et enfilent le costume traditionnel: un slip et un T-shirt ne couvrant que les bras. Sans oublier le chapeau. En plus du côté traditionnel il joue un rôle descriptif, un peu comme un CV qu’on afficherait. Un médaillon cousu sur le front prend la forme d’un animal, tel qu’un aigle ou un éléphant, et représente le grade du lutteur. À l’arrière pendent deux sortes de cravates; sur l’une est cousu le nombre de victoires, sur l’autre le nombre de fois où le lutteur a terminé parmi les quatre premiers. On peut donc tout de suite voir à qui on a affaire. Ce tournoi n’étant pas un tournoi majeur, certains ne portent pas la tenue réglementaire au complet, parfois même pas du tout – “par frilosité ou par paresse” me confiera plus tard mon hôte, lui-même ancien lutteur.

En lutte mongole, il n’y a pas de catégories. Maigres et gros, petits et grands, jeunes et moins jeunes, … tous s’affrontent sur le même terrain, plusieurs combats ayant lieu en parallèle. Chaque lutteur commence par une danse de l’aigle autour du drapeau de la Mongolie. S’ensuivent quelques étirements accompagnés de claques vives sur les cuisses. Avant qu’un combat débute, les adversaires se voient retirer leur chapeau par un arbitre tout en effectuant une nouvelle danse autour de lui. Une claque sur le cul – parfois assez forte, ce qui provoque le rire du public – et le combat commence. Les règles sont très simples: le premier dont le dos, les fesses ou un genou touche le sol, perd. Bien sûr, coups et étranglements sont interdits.

Prises tordues, toupies, soulèvements,… Les enchaînements sont spectaculaires et finissent parfois dans les tribunes au grand dam de l’arbitre qui doit stopper le combat afin d’éviter les blessés. Généralement pas fan de sports en tout genre, je suis conquis. J’ai déjà mon favori, un mec au regard animal et déterminé, extrêmement agressif, mais qui ne remportera pas le tournoi. J’aurais pourtant parié sur lui tellement les autres le redoutaient. Mais la lutte mongole n’est pas uniquement un sport de brutes. J’y ai trouvé une certaine finesse, notamment vers la fin lorsque les combattants, à bout de forces, doivent vaincre leur adversaire en dépensant le moins d’énergie possible. Les opposants se regardent, longuement, se provoquent. Cela peut durer longtemps, très longtemps… jusqu’au déclic. Et là, les muscles se contractent, le souffle devient court et les prises s’enchaînent à la vitesse de l’éclair menant inexorablement l’un des lutteurs au sol, foudroyé. La foule exulte. Le gagnant aide son adversaire à se relever, ils se saluent, récupèrent leur chapeau et effectuent une dernière danse autour du drapeau.

Les heures défilent et le tournoi prend fin. On annonce les vainqueurs, on prend la photo. Parmi les spectateurs, quelques visages familiers. On se salue et on tente d’échanger quelques mots. Pour peu que je parle le Mongole, je me sentirai presque à la maison. Il s’agissait là d’un petit tournoi local, m’octroyant beaucoup de libertés sur le plan photographique, pouvant pratiquement aller où bon me semblait. Je suis ravi d’avoir pu y assister car l’ambiance des tournois majeurs – dont les prix sont parfois exorbitants ! – n’est certainement pas la même et je serai passé à côté de quelque chose de grand.

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